• Guillaume Tardé

Mongolie

Les premiers rayons du soleil passent par les lézardes de la vieille porte en bois de la yourte et viennent me caresser la joue. J’ouvre timidement les yeux et m’enfonce sous ma couverture, ultime rempart à la fraîcheur du matin. La porte grince, s’entrouvre et laisse apparaître les motifs bariolés d’une robe mongole traditionnelle. Une vieille dame entre sur la pointe des pieds, découvrant sa silhouette à contre-jour. Elle dépose un samovar fumant sur ma table de nuit avant de tourner les talons et s’en aller sans un mot. J’ai seulement eu le temps d’apercevoir un visage parcheminé, couvert de rides si profondes qu’elles semblent creusées par les vents.


Ce réveil sur les terres de Gengis Khan tient de l’irréel. Il y a quelques semaines encore, j’étais assis sur les bancs d’une classe préparatoire, à fixer le tableau blanc comme un rideau de théâtre qui supposé s’ouvrir sur le monde. Sorti, j’avale quelques gorgées de ciel bleu et étire mes membres encore endoloris par le voyage, prêt à me lancer à l’aventure, seul.

Ramassé à l’arrière de l’ancien camion soviétique qui m’emporte, je regarde les paysages défiler derrière les vitres sales : le désert de Gobi, les terres kazakhes, la région des grands lacs...


Tous les jours j’écris, déverse mes impressions sur les pages d’un carnet pour rapporter un témoignage de cette vie nomade. Qui sait, la mondialisation aura peut-être bientôt transformé les steppes en parkings ?


Ça y est, me voilà lancé au grand galop à travers les troupeaux de yacks, et pas question de tirer sur la bride. Après dix ans d’équitation en manège, à faire ployer l’animal sous les figures imposées, les chevauchées fantastiques dans ces plaines ont un goût de délivrance. Décidemment, les étalons mongols ont gagné en endurance ce qu’ils ont abandonné en taille à leurs cousins européens. Je laisse ma monture m’emmener où bon lui semble, puisqu’à l’horizon tout semble bon.


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