• Guillaume Tardé

Rome

Dernière mise à jour : 10 févr. 2021




L’avion se pose et je m’engouffre aussitôt, sac sur le dos, dans le dédale d’escaliers mécaniques qui me sépare de la sortie. Je presse le pas, mais chaque foulée me rapproche de ces retrouvailles que je redoute. Quatre mois ont passé depuis notre dernier rendez-vous mais la distance entre l’Equateur et l’Italie me laisse le sentiment que plusieurs années se sont écoulées.


Enfin, au bout d’un tapis, plus volant que roulant, je l’aperçois, immobile, au milieu d’une foule romaine en mouvement. Ces cheveux tombent en cascades dorées le long de ses joues que je devine à peine. La tête penchée en avant, elle est absorbée par un livre, et moi par elle. Je m’arrête le torse collé contre l’ouvrage, plonge mon regard dans ses yeux Klein qui se lèvent doucement et la sers contre moi dans une étreinte libératrice. Son sourire couplé à cet échange d’affection muet me débarrasse définitivement de mon appréhension.

Nous échangeons quelques mots avant de sauter dans un train en direction de Rome. Le trajet semble ne durer qu’une poignée de secondes, la quantité de choses à se raconter n’entre pas dans le délai accordé par le voyage.


Nous retrouvons une amie dans un café qui fait office d’Arche de Noé tant la pluie bat les pavés de la vieille ville. Le ciel retient finalement le déluge pour nous laisser vagabonder dans les rues. Décidément, Rome ne me laisse pas indifférent. Cette ville est un livre d’histoire et chaque rue, une page. Je marche les yeux rivés aux fenêtres pour apercevoir le linge tendu entre les ruelles comme des loungtas, ou une fresque cachée derrière un volet, l’un n’ayant rien à envier à l’autre.


Nous tournons pour découvrir le panthéon engoncé dans une placette trop petite pour la taille réelle et symbolique du lieu. Nous décidons de prendre la ville de haut et après avoir traversé le hall d’entrée d’un hôtel, que l’on devine réservé aux bien lotis par l’avalanche de marbre qui manque de nous submerger, nous voilà attablés sur le toit, un Spritz à la main. Le soleil décline doucement mais laisse ses rayons caresser les tuiles de la Rome d’en haut. Ce moment appartient à une autre époque, aucun immeuble moderne à l’horizon, seulement des toitures rougies par les chaleurs successives.


Le soir venu, je décide de l’inviter au restaurant conseillé par mes grands-parents qui ont fait de Rome leur second Paris. Les lampadaires diffusent une lumière jaune et vacillante qui participe, avec le décor, à l’atmosphère si particulière de la cité antique. Nous accélérons la cadence, pas question d’être en retard à la cantine de la via della Rosetta ! Dans une ruelle perpendiculaire au panthéon nous tombons sur l’enseigne convoitée : La Rosetta. Les serveurs renseignés sur nos choix de poissons et de vin, nous reprenons la discussion laissée en suspens. Elle me décrit sa vie ici, ses habitudes, me parle de ses amis… J’écoute d’une oreille tandis que mes yeux courent de sa bouche à son regard et s’attardent sur ses cheveux. À ce moment-là, j’en suis sûr, elle m’a manqué et plus que je ne l’imaginais. Les plats arrivent, le vin rouge roule dans ma gorge, le moment est suspendu. Je me sens presque empereur face à tant de bonne choses, à la différence près que les conventions modernes m’empêchent de m’allonger.


Ces quelques jours s’envolent et me voilà déjà sur le quai, sac sur le dos et ses mains dans les miennes. Je l’embrasse et devine par l’intensité du baiser qu’il s’agit davantage du début d’une histoire que de la fin de retrouvailles.

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